WOODY ALLEN, LE ZOLA DU 21EME SIECLE

WOODY ALLEN, LE ZOLA DU 21EME SIECLE

 

Woody Allen est un des plus grands conteurs contemporains, c’est indéniable. A la manière d’un Zola il laisse derrière lui une montagne d’histoires, de scènes, de traits d’humour, d’observations sociales et, surtout, de personnages.

Ce sont les personnages qui, aussi, ont rythmé la carrière de Woody. D’abord autobiographiques, puis toujours proches de lui au point qu’il ne voyait personne capable de les interpréter mieux que lui-même, ils ont toujours été au centre d’une filmographie impressionnante. Le résultat a été que dans tous ces films, plus que ce qui arrivait à ces personnages, c’était leur manière d’y réagir qui primait.

Et finalement, c’est là qu’est l’os. Divorces, remariages, adultères, amours de jeunesse déchus, relations uniquement sexuelles, ou platoniques, il a toujours semblé que les personnages de Woody étaient capables d’enchaîner des faits de vie pourtant lourds en dramaturgie en un claquement de doigt. Moderne, certes, mais surtout rafraîchissant. Aller voir un de ses films après une rupture est la meilleure thérapie qui soit vu qu’on semble y enchaîner les relations amoureuses avec la plus grande des légèretés. Comment font-ils? L’amour d’une vie s’enfuit avec le jardinier avant de rencontrer le père de ce même jardinier et s’enfuit avec lui à Paris. Bon. Un homme rompt un mariage vieux de 15 ans avec la soeur de sa femme avant de se rendre compte qu’il a fait une erreur. Entre temps cette dernière s’est amourachée de son meilleur ami. Soit. Personne ne souffre là-dedans? On enchaîne, et on continue à vivre?

Justement, dans Blue Jasmine, Woody se rattrape. Cate Blanchett joue une femme désespérée qui déménage de New York à San Francisco après avoir divorcé d’un mari au destin à la Madoff et qui s’est suicidé en prison. Ruinée, déboussolée, trahie, elle tente de se reconstruire auprès de sa demi-soeur mais souffre. Et elle souffre beaucoup. Le film ne décolle pas de ce constat et c’est là le génie de ce Woody qui rapportera probablement un Oscar à une Cate Blanchett fascinante. Cette fois-ci, son personnage ne parvient pas à mettre son passé derrière elle. Cette fois-ci, elle n’enchaîne pas avec le jardinier.

Dans son A propos de La Comédie Humaine, Emile Zola disait:

L’immensité d’un plan qui embrasse à la fois l’histoire et la critique de la Société, l’analyse de ses maux et la discussion de ses principes, m’autorise, je crois, à donner à mon ouvrage le titre sous lequel il parait aujourd’hui: La Comédie humaine. Est-ce ambitieux? N’est-ce que juste? C’est ce que, l’ouvrage terminé, le public décidera.
Paris, Juillet 1842

Oh Woody n’a pas la prétention de donner un titre à son oeuvre, il se contente de la construire films après films. Mais il peut se vanter de nous procurer, et ici de manière magistrale car symptomatique de son style et rétrospectif à la fois, quelque chose de similaire.

lefrenchdude n’a pas peur de le dire, Woody Allen est aussi fort qu’Emile Zola. Voilà.

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